Les objets issus de la collaboration entre Gauthier et les artisans sont le contraire de ready mades. La présence de la main, la qualité du geste, y est partout affirmée. Mais dans un deuxième temps, ils sont dynamisés, réactivés par une mise en situation qui doit beaucoup à Duchamp et au concept d’opération. C’est étrange, cette façon de proposer un mélange, une association entre deux mondes si opposés. Le fait-main est utilisé pour des opérations dans lesquelles on avait surtout vu un acteur nommé le ready-made. Ce mixage est-il aussi impossible, aussi confus que cela ? Il tente aujourd’hui beaucoup de jeunes artistes qui inversent les pôles et débordent certains poncifs à leur propre jeu.
Je me souviens d’un étudiant de l’école d’art de Marseille, Mathieu Provensal, qui m’avait sorti, alors qu’il venait de réaliser avec soin un caillebotis en bois, une sorte d’énormité malicieuse: C’est un ready-made fait par moi-même! Il s’agit de ce type de renversement.
In, Fréderic Valabrègue, Pierre Gauthier Objet en migration constante,
Le Cercle nautique de Pékin, Marseille, n° 1